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Par zafu dans Dharma zen le 11 Janvier 2012 à 15:57
Le Bouddha dit :
"L'esprit d'Eveil est la cause ;
La compassion le fondement ;
Les moyens habiles l'aboutissement.
Maîtres des Secrets qu'est-ce que l'Eveil ?
C'est connaître son esprit tel qu'il est."
Sutra du Grand LumineuxGasshô - Henri
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Par zafu dans Maîtres Zen le 4 Janvier 2012 à 11:32
Né en 1200 dans une famille princière à Uji dans la région de Kyoto, Dogen devient orphelin à l'âge de sept ans. En 1213, il entre au monastère Enryaku-ji sur le Mont Hiei et devient moine, suivant ainsi les dernières recommandations de sa mère. Dans ce monastère de l’école tendaï il est déçu par les pratiques et ne comprend pas l’évolution du bouddhisme au Japon.
Durant les quelques années passées dans ce monastère, personne ne peut répondre à la question fondamentale que se pose Dogen :
" Dans l'enseignement bouddhique, il est dit que tous les êtres possèdent originellement la nature du Bouddha. S'il en est ainsi, pourquoi faut-il s'entraîner et adopter des pratiques ascétiques pour atteindre l'état de Bouddha ?"
Bientôt il quitte le Monastère et poursuit sa pratique auprès de Maître Eisai, récemment rentré de Chine, qui enseignait le Zen rinzaï Au temple de Kennin-ji, puis du successeur d'Eisai, Myozen.
Il quitte le Japon le 22 février 1223, accompagné de Myozen et de deux autres moines, et voyage en Chine à la recherche d'un bouddhisme plus authentique, Dogen y rencontre Maître Nyojo et devient son disciple.
Maître Nyojo insiste sur la pratique de Shikantaza. Dogen abandonne ses livres et se plonge dans la pratique de zazen. A 26 ans, il connaît l'Eveil lors d’un Sesshin. Alors qu'il est assis en zazen, son voisin s'endort sur son zafu. Nyojo d'une voix forte s'écrie : « Shin jin datsu raku ! Rejetez le corps et l'esprit! » Et frappe le moine avec sa sandale, le faisant tomber de son siège. Maître Nyojo le reçoit dans sa chambre le soir même .
Dogen lui dit : «Shin jin datsu raku, j'ai abandonné le corps et l'esprit ». Nyojo lui répond : « Datsu raku shin jin, abandonne de nouveau le corps et l'esprit ».
Deux ans plus tard, Dogen retourne enseigner au Japon,il ne ramène rien d'autre que la pratique du zazen, shikantaza, telle que la lui a enseignée son maître. Il rédige de nombreux essais sur le Zen, dont le Fukan Zazen Gi ('Conseils à tous pour le zazen') et le Tenzo Kyokun ('Instructions au cuisinier zen'), mais son ouvrage le plus célèbre est sans aucun doute le Shôbôgenzô ('Le Trésor de la Vraie Loi').
Il montre que Zazen (la pratique) et Eveil ne font qu'un. Dogen fonde ainsi l'école Zen Soto. Il continue à écrire et à pratiquer le zazen jusqu'en 1252 où, âgé seulement de cinquante-deux ans, il tombe gravement malade. Il se rend à Kyoto pour se faire soigner, sans succès. Il décède le 22 septembre 1253 au temple de Takatsuji.Gasshô Henri
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Par zafu dans Histoires Zen le 30 Décembre 2011 à 22:57
Un moine vivait à Hua ting, sur le bord de la rivière. On savait peu de choses sur lui, sauf qu'il se nommait Te Cheng et qu'il possédait une petite barque. La barque était arrimée sur le bord de la rivière et Te Cheng somnolait comme un bienheureux.
Un jour, un fonctionnaire de province passa par là et l'interpella d'un ton ironique :
"Que fait donc le vénérable maître ?"
Te Cheng lui montra sa rame :
"Comprenez-vous le sens de cela ?"
La fonctionnaire un instant interdit, répondit ;
"Non je ne comprends pas du tout !"
Te Cheng ajouta :
"J'ai ramé encore et encore. J'ai brassé tellement d'eau. Il est si difficile de trouver le Poisson d'Or !"
Quelque temps après cette mystérieuse discussion, un maître Chan, Chia Chan, vint consulter Te Cheng qui le reçut avec considération.
"Bon pratiquant, de quel monastère venez-vous ?"
Chia Chan avança alors tout son savoir et donna fièrement une réponse qui était une vitrine de ses connaissances :
"Ce qui est comme cela n'est pas immuable, et ce qui est immuable n'est pas comme cela !"
Te Cheng enchaîna :
"Si l'on ne peut pas décrire cet endroit, à quoi ressemble-t'il ?"
Chia Chan s'avança fièrement :
"Les mots ne peuvent décrire la forme, et la forme est vide. Maître je ne puis vous répondre.
- Ainsi, tu ne sais pas d'où tu viens, répliqua Te Cheng d'un air entendu. Et çà tu sais ce que c'est ?
Te Cheng lui montra la fameuse rame. Et sans laisser le temps à Chia Chan une chance de répondre il lui en balança un coup sur la tête.
On raconte que Chia Chan connut alors l'éveil subit et qu'il laissa définitivement tomber la dialectique.Gasshô Henri
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Aujourd'hui Eric Rommeluère présentait son livre sur France Culture, dans l'émission "Le journal de la philosophie" de François Noudelmann, Ecoutons le :
Dans ce livre, sorti chez fayard fin octobre, Eric Rommeluère parle du Bouddhisme différemment des habitudes. Il ne l'aborde pas par le côté doctrinal, mais comme une expérience de vie.
A l'image de son enseignement Eric Rommeluère nous appelle à nous ouvrir et à laisser tomber nos évidences.
Gasshô Henri
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Par zafu dans Histoires Zen le 26 Novembre 2011 à 18:02
Suivre la voie du Bouddha doit éclabousser notre vie. Nous ne pratiquons pas le bouddhisme zen, encore moins la méditation, pour nous-même.
Nous ne sommes pas séparés, et encore moins séparables, du monde. Nous ne pouvons être séparés de nos actes et de leurs conséquences.
Pour illustrer ces propos voici une petite histoire zen :
Une nonne à la recherche de l'illumination sculpta une statue de Bouddha et la recouvrit de feuilles d'or. Partout où elle voyageait, elle emportait son Bouddha d'or avec elle.
Les années passèrent et, toujours portant son bouddha, la nonne s'arrêta dans un petit temple où il y avait de nombreuses statues de Bouddhas. Chacune avait sa propre niche dans le sanctuaire.
La religieuse déposa son Bouddha d'or dans l'une d'elle et décida de lui offrir de l'encens. N'aimant pas l'idée que le parfum puisse s'égayer vers les autres statues, elle conçut un entonnoir, par lequel la fumée montait seulement à sa statue.
A force la fumée noircit le nez du Bouddha d'or, ce qui le rendit particulièrement laid !
Gasshô Henri
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Par zafu dans Causeries Zen le 17 Novembre 2011 à 10:55
99 participants du mouvement Occupy Wall Street et 99 mots pour définir le mouvement :
Imagination Logos Intelligence Pouvoir Révolution Humanisation Changement Amour Électrique Devoir Égalité Conscience Nécessaire Participation Sensibilisation Personnel Équité Possibilités Paix Diversité Révolution Sans précédent Rassemblement Force Ouverture Égalité Occupation Débordement Corruption Construction Merveilleux Insurrection morale Espoir Élan Passion Logique Irrévérence Compréhension Illumination Déterminé Paix Spirituel Réaliste Inspirant Frères de sang Intéressant Magnifique Exaltés Radicalisme Compromis Nous Responsabilisation Solidarité Révélation Substitution Justice Occupation Soin Paix Outrage Évolution Inspirant Équité Horizontal Sacrifice Égalité Gaîté Organisation Autonomisation Voix Liberté Justice Partage Évolution Motivant Rage Solidarité Humain Compassion Grand Démocratie Amour Reconstruction Changement de paradigme Bonheur Égalité Amour Humain Prospérité Équité Solidarité Responsabilité Voix Révolution Vital Progression Solidarité Unité 99%
Gasshô Henri
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Par zafu dans Causeries Zen le 14 Novembre 2011 à 20:45
La méditation a ceci de particulier, c'est de nous emmener vers l'ouverture. Cette ouverture du coeur qui nous donne la possibilité de dire Oui. Ce seul mot ouvre les portes, contrairement à non qui les ferme.
Au fur et à mesure des heures de pratique, pour certains il en faut beaucoup (j'en fait partie), nous acquérons une aisance dans la posture et nous nous apercevons qu'il est possible de se sentir bien. La douleur aux genoux, les tensions tant physiques que mentales ne sont plus un obstacle.
C'est parce que nous apprenons à dire Oui à tous ces éléments et à les accepter. Les distractions extérieurs, la mouche qui se pose sur le dessus du crâne, ou encore le voisin qui a décidé de bricoler juste dans la pièce à côté, ne perturbent plus la méditation.
Les "distractions intérieures" disparaissent aussi. Nous sommes prêt à dire : "oui je ne suis pas parfait... mais je l'accepte !" - "Oui aujourd'hui je suis nerveux... mais je l'accepte". A partir de ce moment la méditation nous entraîne vers une ouverture du coeur.
Au bout d'un certain temps cette pratique du Oui déborde sur notre vie quotidienne. D'abord par petites touches, puis de plus en plus fréquemment.
Nous pouvons dire "Oui ce chauffard m'indispose, ou Oui je me sens agressé par mon hiérarchique au travail !", mais le simple fait de le reconnaître nous permet de ne pas nous refermer, mais plutôt d'accepter que c'est la vie et nous nous sentons apaisés.
Cela nous permet aussi de dire : "Oui j'ai accepté, mais Oui je peux aussi dire que je me suis senti agressé. Oui j'ai accepté, mais oui je peux changer les choses, changer le regard de la personne que j'ai en face de moi."
Dire Oui c'est aussi accepter les différences, accepter que l'on ne pense pas exactement comme nous. Dire Oui c'est ouvrir tout un champ des possibles. Dire Oui c'est se diriger vers un territoire plus pure.Gasshô Henri
Et pour finir sur un clin d'oeil :
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Par zafu dans Causeries Zen le 28 Octobre 2011 à 17:32
Réflexions bouddhistes sur le mouvement Occupy Wall Street par David R. Loy (octobre 2011)David Loy est un auteur américain et un enseignant dans la tradition zen Sanbô Kyôdan. David s’initie au zen en 1971 à Hawaii sous la direction de Yamada Koun rôshi et de Robert Aitken. En 1984, il s’installe à Kamakura au Japon afin de continuer la pratique du zen sous la direction de Yamada rôshi. En 1988, il termine le cursus formel et reçoit le nom de dharma de Tetsu’un. Il a été professeur de philosophie et de religion à l'Université Bunkyô de Chigasaki au Japon jusqu’en 2006, année où il reprit la chaire Éthique, Religion et Société à l'université Xavier de Cincinnati (Ohio, États-Unis).
Ses travaux et ses engagements portent sur le dialogue entre le bouddhisme et la modernité, plus particulièrement sur les implications sociales des enseignements bouddhistes. Il est l’auteur de nombreux articles et ouvrages.
Récemment, il co-rédigea la déclaration bouddhiste sur le changement climatique dont le premier signataire fut le XIVe Dalaï-Lama. Il conduit également des ateliers et des retraites de méditation aux États-Unis et dans d’autres pays.********************
" Dans un billet sur le mouvement Occupy Wall Street sur son blog bouddhiste, Michael Stone cite le philosophe Slavoj Zizek qui s’est adressé aux indignés de New York à Zuccotti Park le 9 octobre dernier :« Ils vous disent que nous sommes des rêveurs. Les véritables rêveurs pensent que
les choses peuvent continuer indéfiniment comme elles sont. Nous ne sommes pas des rêveurs. Nous nous réveillons d’un rêve qui tourne au cauchemar. Nous ne détruisons rien. Nous sommes seulement les témoins d’un système qui se détruit lui-même.
Nous connaissons tous cette scène classique des dessins animés : Le
chat arrive au bord du précipice, mais il continue à marcher sans savoir qu’il n’y a rien en dessous. C’est seulement quand il baisse les yeux qu’il s’en rend compte et qu’il tombe. C’est que nous faisons ici. Nous disons aux types de Wall Street :
“Hé, baissez les yeux!” »
Comme Slavoj et Michael le disent bien, nous commençons à nous réveiller de ce rêve. C’est une façon intéressante de s’exprimer, car le Bouddha s’est aussi réveillé d’un rêve. Bouddha signifie « l’Éveillé ». De quel rêve s’est-il éveillé ?
Y aurait-il un lien avec le cauchemar dont nous nous réveillons à présent ?
Depuis le début, les occupants de Wall Street ont été critiqués pour leurs revendications imprécises : bien qu’ils soient à l’évidence contre le système actuel, sur quoi étaient-ils pour n’était pas clair. Depuis lors, des précisions ont été données : nombre de manifestants réclament des impôts plus élevés pour les riches, une taxe « Robin des bois » (Tobin) sur les transactions financières, et une réforme bancaire pour séparer les banques de dépôts des banques d’investissement.
Ce sont des buts louables, bien qu’il serait faux de croire que ces mesures, à elles seules, résoudront le problème de fond. Nous devrions nous rendre compte de l’insatisfaction générale et diffuse que tant de gens ressentent, car elle reflète la prise de conscience générale et diffuse que les racines mêmes de la crise sont très profondes et exigent une transformation plus radicale (« à la racine »).
Wall Street est la partie la plus intense et la plus visible d’un cauchemar beaucoup plus grand : l’illusion collective que notre système économique actuel – le capitalisme de marché, consumériste et mondialisé – est non seulement le meilleur mais le seul possible. La formule de Margaret Thatcher est connue : « Il n’y a pas d’autre choix. »
Les évènements des dernières années ont sapé cette confiance. Ceux des dernières semaines sont une réaction à la prise de conscience
généralisée que notre système économique est truqué de telle façon qu’il profite aux plus riches (les « un pour cent ») aux dépens de la classe moyenne (qui décline rapidement) et des pauvres (dont le nombre croît rapidement) ; et aux dépens, évidemment, de nombreux écosystèmes, ce qui aura de lourdes conséquences sur la vie de nos petits-enfants et de leurs enfants.
Nous prenons conscience que ce système injuste est en panne, et qu’il est nécessaire qu’il soit en panne afin que de meilleures alternatives puissent se développer.Ce n’est pas seulement l’économie qu’il faut changer, car il n’y a plus de
véritable séparation entre le système politique et le système économique. Avec l’arrêt Citizens United rendu par la Cour Suprême l’an passé, qui supprime la limitation des dépenses d’entreprise en vue d’influer sur les élections, le pouvoir des entreprises semble avoir pris le contrôle des niveaux les plus élevés du gouvernement fédéral et de ceux des États, y compris la présidence (Obama a reçu pour sa campagne plus de contributions de Wall Street que n’importe quel
autre président depuis 1991, ce qui permet de comprendre le choix décevant deses conseillers économiques).
Aujourd’hui, l’élite navigue facilement entre les cabinets ministériels et la direction des grands groupes, car des deux côtés, on partage la même vision inébranlable : la solution à tous les problèmes réside dans
une croissance économique sans entraves. Bien sûr, il s’agit aussi de ceux quitirent le plus de profit de cette vision bornée. Ceux qui contrôlent ce système politique/économique n’ont pas la moindre envie d’effectuer les changements fondamentaux nécessaires et c’est un défi pour tous les autres.
Bien que les Démocrates ne soient pas devenus aussi dingues que les
Républicains, à ce niveau-là, il n’y a pas de véritable différence entre eux. De ses années passées au Congrès des États-Unis, Dan Hamburg, un membre Démocrate représentant la Californie, a conclu : « Le véritable gouvernement de notre pays est économique, il est dominé par les grands groupes qui imposent à l’État leurs diktats. Promouvoir un environnement stable dans lequel les grandes entreprises et leurs actionnaires peuvent prospérer est l’objectif principal des deux partis [politiques]. » Nous avons toujours le meilleur Congrès que l’argent puisse acheter – comme le faisait déjà remarquer Will Rogers dans les années 1920.
D’un point de vue bouddhiste, le fait est que ce système intégré est incompatible avec les enseignements bouddhistes, car il encourage l’avidité et l’illusion qui sont à la racine de notre dukkha (la souffrance). Le rôle économique, politique et social des plus grands groupes (souvent transnationaux), qui ont leur vie propre et poursuivent leur propre programme, est déterminant dans la crise actuelle. Malgré leur propagande publicitaire et celle de leurs « relations publiques » auxquels nous sommes soumis, leurs plus grands intérêts sont pour le moins différents de tous ceux d’entre nous. On entend parfois parler d’« entreprise éveillée » (enlightened corporations) mais cette métaphore est trompeuse, et la différence entre cet éveil et l’éveil bouddhiste est édifiant.
Le pouvoir en plein essor des entreprises a été institutionnalisé en 1886, lorsque la Cour Suprême a décrété qu’une entreprise privée était une personne au sens de la constitution américaine et qu’elle bénéficiait, à ce titre, de toutes les protections garanties par la Déclaration des Droits, notamment la liberté de parole. L’ironie est que cela éclaire le problème : comme l’affirment de nombreuses affiches de
Occupy Wall Street, les entreprises (corporations) ne sont pas des personnes, mais des constructions sociales. Évidemment, la constitution en société (incorporation) ne signifie pas se doter d’un corps physique. Les entreprises sont des fictions légales créées par des réglementations gouvernementales, ce qui signifie qu’elles sont intrinsèquement étrangères au genre de responsabilités auxquelles les gens font face.
Une entreprise ne peut pas rire ou pleurer. Elle ne
peut pas jouir du monde ou souffrir avec lui. Elle est incapable de regretter ce qu’elle a fait (elle peut s’excuser à l’occasion, mais ça, c’est de la relation publique).
Une entreprise, et c’est le plus important, ne peut pas aimer. Aimer revient à réaliser notre interrelation avec les autres et se préoccuper de leur bien-être. L’amour n’est pas une émotion, mais un engagement avec les autres, qui contient notre responsabilité à leur égard – une responsabilité qui transcende notre propre intérêt personnel.
Les entreprises ne peuvent pas éprouver un tel amour ni agir en conséquence. Tout PDG qui essaierait de subordonner la rentabilité à son amour du monde perdrait son poste, car il ne remplirait pas sa responsabilité première, qui est financière, envers ses propriétaires, les actionnaires.L’éveil bouddhiste comprend la réalisation que le sentiment d’être un soi séparé du monde est une illusion qui provoque une souffrance de part et d’autre. Réaliser que je suis le monde – que « je » suis l’une des nombreuses façons dont le monde se manifeste – représente l’aspect cognitif de l’amour qu’une personne éveillée ressent pour le monde et ses créatures. La réalisation (la sagesse) et l’amour (la compassion) sont les deux faces d’une même pièce, c’est pourquoi les enseignants
bouddhistes insistent si souvent sur le fait qu’un éveil authentique se trouve accompagné d’un souci spontané pour tous les êtres sensibles.
Les entreprises « marchent » grâce à un trait de l’être humain bien différent et le confortent.L’économie des grands groupes exige l’avidité et de deux façons au
moins : le désir de toujours plus de profit est le moteur du processus économique ; pour garder la croissance économique, le consommateur doit être conditionné à vouloir toujours plus. Le problème de l’avidité empire lorsqu’elle est institutionnalisée sous la forme d’une construction légale qui s’arroge des privilèges indépendants des valeurs personnelles et des motivations de ceux qu’elle emploie.
Prenons l’exemple des marchés financiers. D’un côté, les investisseurs veulent plus de rendements sous la forme de dividendes et de valorisations en bourses plus élevées. De l’autre côté, cette attente anonyme se traduit en une pression impersonnelle mais constante pour la rentabilité et la croissance, de préférence à court terme. Tout le
reste, que ce soit l’environnement, l’emploi, la qualité de vie, devient une « externalité » soumise à cette demande anonyme – un objectif qui ne peut jamais se réaliser. Nous participons tous à ce processus comme travailleur, employeur, consommateur et investisseur, sans peu ou pas de responsabilité morale, car une telle conscience est noyée dans l’impersonnalité du système.
On peut répondre que certaines entreprises (des petites entreprises ou des affaires de famille) prennent soin de leurs employés, ou sont préoccupées par les effets sur l’environnement, etc. Le même argument peut être appliqué à l’esclavage : certains bons maîtres prenaient soin de leurs esclaves. Il ne réfute pas que l’institution de l’esclavage est inacceptable. Il est tout aussi inacceptable aujourd’hui que notre bien-être collectif, y compris la manière dont les « ressources » limitées de la Terre sont partagées, soit déterminé par ce qui rapporte de l’argent aux grandes entreprises.
En résumé, nous nous réveillons en prenant conscience que, bien que les entreprises transnationales soient économiquement rentables, elles sont structurées d’une manière qui les rend socialement déficientes.Nous ne pouvonspas résoudre les problèmes qu’elles créent en permanence en abordant les pratiques de telle ou telle société (comme Morgan Stanley ou la Bank of America), parce que c’est l’institution elle-même qui est le problème. Étant donné leur influence considérable sur le processus politique, il ne sera pas aisé de contester leur rôle, mais elles ont leur cordon ombilical : les codes de conduite des groupes (corporate charters) peuvent être reécrits pour exiger une responsabilité sociale et écologique.
Des groupes comme le Réseau des Progressistes Spirituels (Network of Spiritual Progressives) ont réclamé un amendement à la Constitution américaine sur la responsabilité sociale et environnementale. Il aurait codifié cela.
Si notre destin est de rester aux mains des entreprises, elles devraient rendre compte non à des investisseurs anonymes, mais aux communautés dans lesquelles elles opèrent. Peut-être que occupy Wall Street est le début d’un mouvement qui le réalisera.
Et cependant ce ne serait pas suffisant. Il y a un autre enjeu, encore plus fondamental : la vision du monde qui encourage et justifie cette sorte de cauchemar économique dont nous commençons à nous réveiller.En termes bouddhistes, le problème n’est pas seulement l’avidité, mais aussi l’ignorance. La théorie la plus souvent utilisée pour justifier le capitalisme est celle de la « main invisible » d’Adam Smith : la poursuite de notre propre intérêt travaille au bénéfice de la société tout entière. Je pense que les PDG ont des motivations un peu moins bienveillantes. Ce n’est pas un hasard si l’influence des grandes entreprises a cru en même temps que la popularité du darwinisme social, cette idéologie qui dévoie la théorie de l’évolution de Darwin en l’appliquant aux
champs social et économique.
C’est la jungle dehors, et seuls les plus forts survivent. Si vous ne dominez pas les autres, c’est eux qui vous domineront. La théorie de l’évolution de Darwin se passe d’un créateur et donc de suivre ses
commandements. Maintenant, c’est chacun pour soi…
Le darwinisme social a créé une boucle rétroactive : plus les gens croient en cette théorie et agissent en conséquence, plus la société devient une jungle darwiniste.
C’est un exemple classique de la manière dont nous co-créons collectivement le monde dans lequel nous vivons. Et c’est peut-être là que le bouddhisme a le plus à apporter, car il propose une vision alternative du monde, fondée sur une compréhension plus élaborée de la nature humaine, et qui explique en quoi nous sommes malheureux et comment nous pourrions devenir plus heureux. Des études
récentes, psychologiques et économiques, confirme le rôle destructeur de l’avidité et l’importance des relations sociales saines, ce qui est en accord avec l’accent mis sur la générosité et l’interdépendance dans le bouddhisme.
En d’autres termes, le problème n’est pas seulement notre système économique et politique défectueux, c’est aussi une vision erronée du monde, qui encourage l’égoïsme et la compétition plutôt que la communauté et l’harmonie. L’Occident moderne est partagé entre un théisme dans lequel il devient difficile de croire et une idéologie de la concurrence féroce qui rend la vie si difficile pour chacun d’entre nous. Heureusement, il y a désormais d’autres options.
Le bouddhisme a également quelque chose d’important à apprendre du
mouvement Occupy Wall Street : qu’il ne suffit pas de se concentrer sur se réveiller de son rêve individuel. Aujourd’hui, nous sommes appelés à nous éveiller ensemble de ce qui est devenu un cauchemar collectif. Serait-ce le moment d’apporter dans la rue notre pratique spirituelle ?
« Si nous continuons à maltraiter la Terre de cette manière, il ne fait aucun doute que notre civilisation sera détruite. Ce changement radical suppose l’éveil. Le Bouddha a réalisé un éveil personnel. Nous devons réaliser un éveil collectif pour arrêter cette course à la destruction."La civilisation mourra si nous continuons à nous perdre dans la compétition pour le pouvoir, la célébrité, le sexe et le profit. » (Thich Nhat Hanh)
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Un grand merci à David Loy (pour cet article) et Eric Rommeluère (pour la traduction).
Gasshô Henri
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Par zafu dans Méditation Zen le 7 Septembre 2011 à 13:00
Ce week-end un jeune me demandait : "Tu fais quoi quand tu vas au dojo zen ?" et là difficile pour moi de répondre...
- Heu! heu!, je m'asseois face à un mur"...
- Mais encore ?
- Ben c'est tout !!!!!! bon à la fin il peut y avoir une "cérémonie", suivant le groupe avec lequel tu médites
- Ah ouais, c'est une sorte de messe alors ?
- Heu!... pas vraiment c'est autre chose.Bref dificile d'exprimer ce qu'est la pratique du zen à quelqu'un qui n'a pas expérimenté. je n'ai pas su trouver les mots justes pour en parler.
C'est pour cela qu'il faut expérimenter zazen, pour ressentir ! C'est vrai que cette pratique est troublante pour quelqu'un qui ne s'est jamais assis. Alors le conseil que je peux donner c'est : "essaie !!!", comme maître Hsu Yun dans l'article d'hier.
En attendant pour répondre de façon visuel à ce jeune voilà une petite vidéo de Gudo Nishijima pratiquant zazen... c'est cela et uniquement cela !!!
Gasshô - Henri
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